Renforcer la prévention et l’accès aux soins contre le cancer : des leviers d’action pour les petites communes de Saône-et-Loire

31 octobre 2025

Particularités du territoire : quels obstacles pour les habitants des petites communes ?

La Saône-et-Loire, vaste département rural, compte près de 566 communes dont une majorité de villages de moins de 1 000 habitants (Source : INSEE, 2021). Ce tissu rural dynamique est aussi confronté à certains défis spécifiques concernant la prévention et l’accès aux soins oncologiques.

  • Une démographie médicale en tension : Les petites communes enregistrent souvent une offre de soins restreinte, avec moins de médecins généralistes par habitant (Atlas national des professions de santé). Les spécialistes (gastro-entérologues, gynécologues, radiologues) sont majoritairement concentrés dans les villes comme Chalon-sur-Saône, Mâcon ou Le Creusot.
  • Des distances importantes : Aller faire une mammographie ou un test de dépistage colorectal peut supposer pour certains habitants des trajets de plus de 30 kilomètres, avec des problématiques de mobilité (peu de transports en commun, personnes âgées isolées).
  • Des inégalités d’information : La méconnaissance des dispositifs de prévention et des modalités de dépistage demeure marquée dans certains territoires, notamment chez les plus de 65 ans ou les personnes en situation de précarité (INCa, Baromètre Cancer 2023).
  • Des freins culturels et un rapport distant à la santé : La crainte du diagnostic, le sentiment d’être « en bonne santé », ou la conviction que « le cancer n’arrive qu’aux autres » peuvent retarder l’adoption des démarches de prévention.

Ces réalités locales appellent des solutions adaptées, pensées pour et avec les habitants et les acteurs du territoire.

Faciliter l’accès à l’information : vers une prévention mieux partagée

Un diagnostic précoce des cancers, en particulier du sein et colorectal, repose d’abord sur une information claire, accessible, et adaptée aux réalités de chacun. Des stratégies permettent aujourd’hui de réduire la fracture de l’information.

  • Des campagnes spécifiques en milieu rural : En 2022, la Ligue contre le cancer a mis en place des espaces d’information mobiles dans une dizaine de communes du Clunisois, touchant plus de 500 habitants en six mois (Source : Ligue contre le cancer – Antenne 71).
  • Des relais locaux formés : Les infirmières, pharmaciens, mais aussi les secrétaires de mairie ou les responsables de centres communaux d’action sociale (CCAS) bénéficient de formations sur le dépistage organisées par le CRCDC (Centre régional de coordination des dépistages des cancers). Ces acteurs de terrain, familiers des habitants, deviennent les premiers relais de sensibilisation.
  • Des outils ludiques et concrets : Affiches, livrets, ateliers interactifs sont adaptés à chaque âge ou situation (personnes isolées, public éloigné de l’écrit, etc.). Exemples : "Le Bus du cancer" sillonne régulièrement le département, proposant des jeux sur les facteurs de risque, des questions-réponses, ou des démonstrations pratiques du test de dépistage colorectal.
  • Numérique : des avancées mais une vigilance nécessaire : Sites internet comme dépistagecancers-bfc.fr ou applications mobiles (DOCTOLIB, Dossier médical partagé) facilitent l’accès à l’information, mais doivent être complétés par des supports papier et un accompagnement des personnes peu familières avec le digital.

Le partage d’une culture de la prévention passe donc par une communication multiforme, proche, et adaptée aux ressources locales.

Miser sur la proximité : dépistage et soins, aller vers les habitants

L’accessibilité des soins et de la prévention ne se limite pas à l’offre disponible : c’est aussi « l’aller vers » qui fait la différence, surtout dans les zones rurales de Saône-et-Loire.

Dépistage mobile : des solutions concrètes qui font leurs preuves

  • Mammobile et autres unités itinérantes : Près de 1 700 mammographies ont été réalisées sur le parking des supermarchés, des mairies ou lors de marchés forains en 2023 via le camion « Mammobile » de la région Bourgogne-Franche-Comté (Source : CRCDC BFC). Cette solution réduit les non-recours au dépistage, notamment chez les femmes de 50 à 74 ans vivant loin des centres urbains.
  • Ateliers et consultations avancées : Des infirmiers», sages-femmes ou médecins se déplacent certains jours dans les maisons de santé, centres sociaux ou mairies des villages pour informer et accompagner au dépistage.

Ainsi, le modèle « d’aller vers » démontre chaque année son efficacité, faisant progresser le taux de participation au dépistage organisé du cancer du sein de près de 3 points dans les villages ciblés par ces actions (Source : Rapport INCa, 2022).

Renforcer la coordination avec les professionnels locaux

Le généraliste, souvent la pierre angulaire du parcours de soins en zone rurale, doit composer avec une charge croissante. La mutualisation et la meilleure articulation de tous les professionnels de santé peut lever des obstacles :

  • Maisons de santé pluridisciplinaires : Vecteur de suivi coordonné, elles fleurissent dans de nombreuses communes de Saône-et-Loire (Saint-Vallier, Bourbon-Lancy…). Elles organisent régulièrement des journées de dépistage, des temps d’information ou des consultations sans rendez-vous pour faciliter l’accès à tous.
  • Pharmacies engagées : Depuis 2022, les pharmaciens peuvent remettre et expliquer le test de dépistage du cancer colorectal aux personnes éligibles. Plus d’1 700 tests distribués par ce canal en Saône-et-Loire cette année d’après l’Assurance Maladie.
  • Rôles accrus des infirmiers et sages-femmes : Possibilité de réaliser certains actes de dépistage et d’assurer un accompagnement personnalisé des personnes les plus éloignées du système de soins.

Accompagner les parcours complexes : focus sur les publics fragiles et isolés

Dans les villages, l’éloignement est toujours accentué pour les publics les plus fragiles : personnes âgées dépendantes, personnes en situation de handicap, précarité économique.

  • Accompagnement à la mobilité : Des dispositifs de transport solidaire (associations, CCAS, services du département) prennent en charge, gratuitement ou à tarif social, les déplacements pour des rendez-vous médicaux ou des séances de dépistage.
  • Médiateurs de santé et “passerelles” : Ils facilitent la compréhension des courriers (convocations, comptes-rendus, etc.), la prise de rendez-vous ou l’accompagnement physique lors du dépistage ou de la consultation oncologique.
  • Couplage prévention/repérage domicile : Les visites à domicile par les aides à domicile, infirmiers ou porteurs de repas deviennent autant d’occasions de repérer des besoins, de rappeler les campagnes et de distribuer l’information ciblée.

D’après l’Observatoire régional de la santé (ORS Bourgogne-Franche-Comté), un accompagnement individualisé permet d’augmenter la participation au dépistage de 20 à 30 % chez les personnes très isolées, tout en améliorant leur perception de la prévention et leur confiance dans le système sanitaire.

Améliorer l’efficience grâce à la coordination et à l’innovation locale

  • Retour d’expériences collaboratif : La mise en réseau des professionnels du territoire (via des rencontres ou plateformes numériques) permet de partager des ressources, des outils pédagogiques, de coordonner des actions itinérantes au plus près des besoins des habitants.
  • Télémédecine : Les téléconsultations en oncologie ou en médecine générale, de plus en plus accessibles au sein des maisons de santé, évitent certains déplacements longs, accélèrent la délivrance d’avis spécialisés (exemple : discussion sur un polype dépisté lors d’une coloscopie).
  • Groupes de pairs et initiatives citoyennes : Création de groupes de soutien ou de partage d’expérience entre habitants, formation d’« ambassadeurs santé » au sein des villages (exemple : projet-pilote dans les Monts du Mâconnais).
  • Actions écoles et jeunesse : Le repérage et la sensibilisation débutent très tôt grâce à des ateliers sur l’hygiène de vie, la lutte contre les substances cancérigènes (tabac, alcool, exposition solaire), en partenariat avec les écoles, les collectivités locales et les associations sportives.

Vers un territoire où la prévention et l’accès aux soins deviennent l’affaire de tous

Le combat contre les cancers, notamment du sein et colorectal, suppose d’aller au plus près de celles et ceux qui vivent parfois à l’écart des grandes villes et des dispositifs classiques. Les expériences menées en Saône-et-Loire et dans d’autres départements ruraux montrent que la proximité, la coordination des acteurs, l’adaptation à chaque public et l’innovation locale sont autant de pistes efficaces pour réduire les inégalités face à la maladie.

Chacun, à son poste, peut contribuer à cette dynamique collective : professionnel de santé, élu local, médiateur, membre d’association ou voisin vigilant. En œuvrant ensemble, la prévention devient un réflexe partagé et le dépistage, un droit effectif pour tous, où que l’on vive.

Pour aller plus loin, toutes les ressources utiles (contacts du CRCDC BFC, guide des dispositifs de transport, supports de communication, coordonnées des maisons de santé) sont à retrouver sur le site Agir et Dépister Ensemble en Médecine Active de Saône-et-Loire, ainsi qu’auprès de la Ligue contre le cancer 71.

Chaque avancée compte, chaque geste de prévention est une chance : c’est ensemble que le territoire pourra faire reculer le cancer et ses inégalités.

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