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Pour que chaque geste compte contre le cancer

7 min de lecture

Agir pour réduire les inégalités de dépistage des cancers en Saône-et-Loire

Unité mobile de dépistage accueillant une femme dans un village rural de Saône-et-Loire, accompagnée par une professionnelle de santé.

Les inégalités territoriales : un enjeu majeur en Saône-et-Loire

En Saône-et-Loire comme ailleurs, le dépistage organisé des cancers – principalement du sein, du côlon et du col de l’utérus – sauve des vies. Mais l’accès à ce dépistage, son accompagnement et son suivi restent loin d’être équitables partout sur le territoire. Les écarts Nord/Sud, rural/urbain, ou selon le niveau de précarité sont encore marqués et influent directement sur la prise en charge, la précocité du diagnostic et les chances de guérison.

Selon Santé Publique France, la participation au dépistage du cancer du sein en Bourgogne-Franche-Comté varie de près de 10 points selon les territoires : elle atteint 52% dans certains secteurs urbains du département, contre moins de 43% dans plusieurs zones rurales ou périurbaines (santepubliquefrance.fr). Concernant le dépistage du cancer colorectal, le taux de participation départemental était de 36,2% en 2022, mais tombe en dessous de 30% dans certaines communes du Charolais ou de la Bresse (source : CPAM Saône-et-Loire).

Identifier et comprendre les sources des inégalités

Plusieurs facteurs contribuent à ces inégalités :

  • L’isolement géographique : zones montagneuses ou rurales éloignées des centres médicaux.
  • Le manque d’offre médicale : inégalités dans la répartition des professionnels de santé, déficit de généralistes ou de gynécologues, déserts médicaux.
  • Les freins sociaux et culturels : insuffisance d’information, barrières linguistiques, méfiance vis-à-vis du médical.
  • La précarité : difficulté d’accès au transport, contraintes économiques, manque de disponibilité.
  • La méconnaissance des dispositifs : confusion sur les modalités ou la gratuité des tests.

Ces freins, souvent cumulatifs, peuvent aboutir à ce que certains habitants n’aient pas un accès égal au dépistage, alors même que le risque de cancer est présent sur l’ensemble de la population départementale.

Des initiatives locales prometteuses

Heureusement, Saône-et-Loire n’est pas en reste en matière d’initiatives pour réduire ces écarts. Voici quelques exemples :

  • Les « Mammobiles » : Deux unités mobiles sillonnent le département pour proposer le dépistage du cancer du sein au plus près des habitants, notamment dans les secteurs moins bien desservis. En 2023, près de 2 200 femmes ont pu accéder à une mammographie via ce dispositif, dont plus d’un quart résidaient dans une commune sans centre de radiologie (depistage-cancers-bfc.fr).
  • Les Relais Santé en milieu rural : Plusieurs maisons de santé et centres sociaux participent à des campagnes de sensibilisation et d’accompagnement, facilitant l’information personnalisée, les prises de rendez-vous et le relais vers les structures adaptées.
  • Accompagnement par les médiateurs de santé : Des médiateurs, souvent issus de l’économie sociale et solidaire, interviennent dans certains quartiers prioritaires (Mâcon, Montceau, Le Creusot) mais aussi en milieu rural pour lever des frein liés à la langue ou à la culture, expliquer, rassurer et orienter vers les bons parcours.

Le rôle clé des professionnels de santé de proximité

Les professionnels de santé constituent le premier relais, parfois le seul, pour informer et orienter le public vers le dépistage.

  • Médecins généralistes : Ils représentent la principale source d’incitation au dépistage, puisque 68% des personnes qui participent au dépistage du cancer colorectal en Bourgogne-Franche-Comté l’ont fait suite à la recommandation de leur médecin traitant (AMELI, 2023).
  • Sages-femmes : Également habilitées à proposer le dépistage du cancer du col de l’utérus, elles interviennent notamment auprès de femmes sans suivi gynécologique régulier.
  • Infirmiers/infirmières : Leur rôle s’intensifie, notamment pour la remise des kits de dépistage du cancer colorectal directement au domicile, lors de visites à domicile ou lors d’actions de prévention en structures médico-sociales.

Ce travail de proximité nécessite formation, sensibilisation continue, et partenariat renforcé avec les acteurs de prévention.

Donner accès à l’information : simplicité et clarté avant tout

L’information sur le dépistage reste opaque ou trop technique pour de nombreux habitants du département. Simplifier, vulgariser et relayer les informations utiles est un préalable indispensable à une meilleure adhésion. Quelques leviers :

  • Utiliser des supports accessibles : brochures traduites, infographies, vidéos sous-titrées.
  • Organiser des réunions d’information en partenariat avec les CCAS, centres sociaux, comités des fêtes, etc.
  • Impliquer des « ambassadeurs santé » issus des quartiers ou villages, capables de créer un lien de confiance et d’éviter le sentiment de jugement.

La CPAM Saône-et-Loire expérimente également la prise de rendez-vous assistée dans plusieurs agences locales, permettant à certains assurés peu à l’aise avec le numérique de planifier leur dépistage lors d’un rendez-vous physique ou téléphonique.

Réduire les freins logistiques et économiques

  • Favoriser la mobilité : transports collectifs pour rejoindre les centres de dépistage, partenariats avec les Associations d’aide à la mobilité, prêts de véhicules communaux.
  • Alléger les contraintes administratives : simplification de l’envoi des invitations, rappels par SMS ou appels, adaptation du rythme des campagnes (créneaux en soirée, week-end).
  • Soutenir les populations précaires : remboursement systématique des frais de déplacement, orientation sociale, accompagnement personnalisé (passerelles avec les assistantes sociales pour lever la crainte de « perdre une journée de salaire », traducteurs à disposition, etc.).

Des expérimentations menées dans le Grand Chalon ont montré qu’un simple accompagnement physique lors d’un premier dépistage multipliait par deux la probabilité de participation l’année suivante parmi les publics qui en étaient le plus éloignés (source : ARS BFC, 2023).

Coordination entre acteurs : le fil conducteur

La synergie entre structures médicales, associations, collectivités territoriales et institutions publiques est déterminante pour réduire efficacement les écarts : identification conjointe des « zones blanches », partage de fichiers d’invitation (dans le respect de la confidentialité), campagnes communes et formation croisée.

  • Le Contrat Local de Santé du département soutient depuis 2020 l’animation de groupes locaux de prévention, qui réunissent professionnels de santé, élus, professionnels du social et usagers.
  • Des partenariats innovants naissent ainsi : par exemple, des marchés de producteurs locaux accueillent ponctuellement des stands de sensibilisation au dépistage, apportant l’information dans des lieux de vie quotidienne.

Axe crucial : adapter l’offre à la diversité des publics

Face à la diversité sociale et culturelle du département, l’adaptation de l’offre de dépistage s’impose :

  • Organisation de journées thématiques auprès des travailleurs saisonniers (viticulture, agriculture) en lien avec les employeurs et la MSA.
  • Prévention « sur-mesure » pour les jeunes seniors actifs, en s’appuyant sur les clubs sportifs, associations et entreprises locales.
  • Approche spécifique pour les populations issues de l’immigration, incluant des relais culturels et linguistiques, et l’adaptation des supports de communication.

À Montceau, une « Journée santé femmes » couplée à un marché de produits locaux a permis de sensibiliser 650 personnes en 2023, dont plus du tiers était primo-participante à une campagne de dépistage (source : Ville de Montceau-les-Mines).

Innovation et numérique au service de l’équité

L’arrivée du numérique permet d’élargir l’accès à l’information et de fluidifier les démarches, à condition de tenir compte de la fracture numérique :

  • Mise en place de consultations à distance pour expliquer le dépistage ou rassurer sur le déroulé des examens (notamment pour le cancer colorectal ou du col de l’utérus).
  • Déploiement progressif dans le département des « kiosques santé » (bornes interactives d’information, testées d’abord à Chalon), accessibles même sans smartphone ni internet à domicile.
  • Vidéo-témoignages et mini-séries locales relayées par les réseaux sociaux des mairies ou maisons France Services.

Reste que pour les personnes isolées du numérique, un accompagnement humain demeure indispensable : le développement du « aller-vers » reste la clé pour ne laisser personne de côté.

Perspectives et leviers pour accentuer la réduction des inégalités

  • Renforcer le maillage territorial des dispositifs mobiles et multiplier les permanences délocalisées.
  • Valoriser le rôle des associations locales (France Assos Santé, Ligue contre le cancer, CRCDC, etc.) dans l’orientation, la médiation et l’accompagnement des publics.
  • Poursuivre la formation des professionnels de santé sur les enjeux propres aux publics en situation de précarité ou d’isolement.
  • Favoriser l’implication des élus, des employeurs et des syndicats dans les campagnes de prévention pour toucher de nouveaux publics.
  • Évaluer régulièrement, de façon transparente, les taux de participation par territoire et adapter les actions en continu.

Changer la donne, un enjeu collectif à poursuivre

La réduction des inégalités territoriales face au dépistage des cancers en Saône-et-Loire ne repose pas sur une seule mesure, mais sur une mobilisation collective, constante et évolutive. Disposer de structures mobiles, d’informations claires, d’un accompagnement social et d’un engagement coordonné des acteurs est la meilleure garantie pour permettre à chacun, où qu’il réside dans le département, de bénéficier des avancées majeures du dépistage. Adapter sans cesse les réponses, innover, écouter les besoins du terrain : tels sont les défis à relever pour que la prévention devienne enfin l’affaire de tous, au service du plus grand nombre.

Sources : Santé publique France, CPAM Saône-et-Loire, ARS Bourgogne-Franche-Comté, CRCDC Bourgogne-Franche-Comté, Ville de Montceau-les-Mines

Écrit par

Estelle Vauchey

Estelle Vauchey écrit sur la prévention et le dépistage des cancers en Saône-et-Loire : à qui s'adresse chaque dépistage, comment il se déroule, où se renseigner près de chez soi. Elle s'attache à répondre aux questions et aux idées reçues qui font hésiter. Ses articles donnent des repères généraux, renvoient aux sources officielles et ne remplacent pas l'avis d'un médecin.

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