Favoriser la prévention du cancer en EHPAD en Saône-et-Loire : rôle clé des équipes soignantes

16 janvier 2026

Prévention du cancer en EHPAD : un enjeu spécifique pour la Saône-et-Loire

La prévention des cancers à tous les âges est un pilier essentiel de la santé publique. Pourtant, la thématique peut sembler secondaire en établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), où l'on imagine souvent les priorités ailleurs : prise en charge de la dépendance, accompagnement du grand âge, maintien de la qualité de vie. Pourtant, même en EHPAD, la prévention et le repérage précoce des cancers gardent tout leur sens, notamment dans un département où plus de 5% de la population a plus de 75 ans selon l’INSEE (2021).

Avec le vieillissement de la population en Saône-et-Loire et un taux d’incidence du cancer supérieur à la moyenne nationale (Santé Publique France, Bulletin épidémiologique 2023), le rôle préventif des équipes soignantes dans les EHPAD devient un véritable levier de santé collective. Il s’agit autant de continuer à offrir une information adaptée, que de soutenir des gestes simples, mais efficaces, pour préserver la santé des résidents au quotidien.

Pourquoi promouvoir la prévention du cancer en EHPAD ?

  • Vieillissement et cancer : 3 cancers sur 5 surviennent après 65 ans, et la moitié des décès dus au cancer concernent les plus de 75 ans (Ligue contre le cancer, 2022).
  • Dépistage adapté : Même si certains dépistages systématiques ne sont plus recommandés en grand âge, le repérage précoce et la prévention tertiaire (limiter les facteurs aggravants) restent des enjeux majeurs.
  • Droits des résidents : L’accès à l’information sur la santé, aux soins et à la prévention fait partie intégrante des droits fondamentaux des personnes âgées (Charte Alzheimer, 2019 ; HAS, 2023).
  • Qualité de vie : La prévention, ce n’est pas simplement détecter ou traiter la maladie, mais aussi promouvoir un bien-être global - alimentation, activité physique, lien social, prévention du tabac et de l’alcool.

Actions concrètes à la portée des équipes soignantes : adapter la prévention à l’EHPAD

Promouvoir la prévention du cancer en EHPAD, ce n’est pas “appliquer des recettes standard”, mais adapter les messages, gestes et outils à un environnement et à une population particulières. Les équipes ont un rôle clé dans cette adaptation.

1. Informer sans alarmer : adapter l’éducation à la santé

  • Créer des moments d’échanges : organiser des ateliers sur la santé (thèmes : “Bien-vieillir”, “Maintenir une alimentation équilibrée”, “Activité physique adaptée”). Utiliser des supports visuels, des jeux, des quizz ludiques.
  • Utiliser des affichages simples : instaurer dans les lieux de vie des affiches sur l’importance de rester actif, de consommer varié, d’éviter le tabac ou l’alcool même à faible dose.
  • S’appuyer sur les familles : distribuer ou expliquer des brochures à destination des proches pour encourager la continuité des gestes préventifs lors des visites.

2. Intégrer la prévention dans la routine de soins

  • Observation clinique renforcée : former les soignants (aides-soignants, infirmiers) aux signes précoces de certains cancers fréquents (changements cutanés, troubles digestifs, perte de poids inexpliquée…).
  • Faciliter la prise de rendez-vous médicaux : accompagner les résidents fragiles pour qu’ils puissent consulter (médecin traitant, oncologue), ou organiser des consultations dédiées en établissement en lien avec les réseaux de soins.
  • Prise de médicaments et surveillance : veiller à l’observance des traitements des résidents suivis pour des antécédents de cancer et informer sur la gestion des effets indésirables.

3. Adapter les dépistages organisés

Cancer Dépistage recommandé Adaptation en EHPAD
Sein Mammographie tous les 2 ans entre 50 et 74 ans (INCa) Personnaliser en fonction de l’état de santé global et de l’espérance de vie (HAS 2023)
Colorectal Recherche de sang occulte dans les selles tous les 2 ans, 50-74 ans Débat éthique avec médecin référent, selon autonomie, acceptation et bénéfice individuel
Col utérin Dépistage jusqu’à 65 ans, puis au cas par cas Sensibilisation auprès des femmes concernées, bien expliquer les enjeux

À noter : selon l’état général et le projet de vie des résidents, ces dépistages sont à évaluer en équipe multiprofessionnelle, en associant le résident et/ou sa famille (source : Haute Autorité de Santé, Parcours de santé des personnes âgées, 2023).

4. Promouvoir les facteurs de protection quotidiens

  • Activité physique adaptée : même à un âge très avancé, bouger réduit le risque de développer ou d’aggraver certains cancers, tout en prévenant la perte d’autonomie. Des séances de gymnastique douce, des promenades accompagnées ou des ateliers de motricité sont des leviers efficaces. Selon l’OMS, une activité régulière diminue le risque de 20 à 30 % pour certains cancers digestifs.
  • Nutrition variée : aider à maintenir une alimentation riche en fruits et légumes, adapter les textures et la présentation pour stimuler l’appétit, prévenir la dénutrition (facteur aggravant de cancers).
  • Réduire les facteurs de risque : mise en place d’espaces non-fumeurs, discussions collectives sur le tabac ou l’alcool, encouragement des nouveaux comportements.

Impliquer tout l’entourage : résidents, familles, partenaires extérieurs

Le succès des messages de prévention dépend souvent de la manière dont ils s’inscrivent dans le quotidien de l’établissement. Impliquer les proches et les professionnels hors du cercle médical peut renforcer l’impact des actions.

  • Collaboration avec les familles : organiser des réunions d’information, associer les proches aux ateliers ou à la co-construction de projets (menus adaptés, sorties actives à plusieurs générations…)
  • Partenariat avec les réseaux locaux : solliciter des intervenants de la Ligue contre le cancer, du Cpias, des professionnels d’APA (Activité Physique Adaptée).
  • Projets intergénérationnels : des résidents qui jardinent avec des enfants ou des adolescents du quartier s’investissent doublement, pour leur santé et le lien social.

Cette ouvertures aux partenaires accroît la visibilité des actions menées en EHPAD et favorise une dynamique positive autour du bien-vieillir et de la santé globale.

Dépasser les freins spécifiques à la prévention en EHPAD

Promouvoir la prévention du cancer en EHPAD demande de prendre en compte plusieurs défis :

  • État de santé : la fragilité, la dépendance ou la polypathologie nécessitent d’adapter le discours et d’éviter toute approche culpabilisante.
  • Déficits sensoriels ou cognitifs : pour des résidents souffrant d’Alzheimer ou de pertes sensorielles, des techniques de communication alternatives (pictogrammes, langage gestuel, recours à l’imaginaire) peuvent aider à faire passer les messages.
  • A priori culturels et générationnels : certains résidents ayant grandi à une époque où l’on parlait peu de prévention santé peuvent exprimer de la méfiance ou du fatalisme face à ces campagnes.
  • Manque de temps ou d’effectif en EHPAD : il est important d’intégrer la prévention au fil des tâches ordinaires, plutôt que de la percevoir comme une tâche supplémentaire.

Le rôle moteur de la formation et de la coordination des équipes

Pour réussir cette démarche, la formation continue des soignants est déterminante. Il est indispensable de fournir aux équipes les outils actualisés sur la prévention des cancers chez la personne âgée :

  • Mises à jour régulières : sessions d’information sur l’actualité du dépistage, la vaccination (hépatite B, papillomavirus), les pratiques d’alimentation santé après 75 ans.
  • Temps de coordination : réunions pluriprofessionnelles incluant médecins, infirmiers, aides-soignants, animateurs, diététiciens pour discuter de la prévention dans le projet personnalisé de chaque résident.
  • Partage d’expérience : valoriser les initiatives locales, mutualiser les outils pédagogiques, élaborer collectivement des actions adaptées.

Encourager la culture du questionnement, la transmission des bonnes pratiques et l’analyse de situations réelles rencontrées permet à chaque EHPAD de progresser continuellement.

Quelques exemples inspirants en Saône-et-Loire et au national

  • En 2023, le réseau Oncogériatrie Bourgogne-Franche-Comté a lancé un programme de formation pour les EHPAD axé sur la prévention des cancers digestifs, avec plus de 70 professionnels formés à l’accompagnement sur les gestes quotidiens utiles.
  • Plusieurs établissements du territoire collaborent avec les diététiciennes de l'Association Française de Nutrition pour proposer des menus riches en antioxydants, adaptés à la mastication des résidents.
  • Au niveau national, la démarche “EHPAD en mouvement” (Fédération Hospitalière de France) promeut la pratique d’une activité physique régulière, même en fauteuil, y compris auprès de résidents âgés de plus de 90 ans.

Vers une prévention raisonnée, respectueuse et personnalisée

Mettre en avant la prévention du cancer en EHPAD, c’est bien plus qu’informer sur le dépistage : c’est installer une culture du soin attentif, de l’écoute des besoins, du respect du rythme de chacun. Les équipes sont idéalement placées pour impulser ces ajustements dans le quotidien, en lien étroit avec les résidents, leurs proches, et l’ensemble du réseau médico-social départemental. En conjuguant expertise médicale, pédagogie et attention humaine, il devient possible d’accompagner les personnes âgées vers un vieillissement actif, serein… et résolument tourné vers le bien-être.

  • Sources : Santé Publique France, INCa, Haute Autorité de Santé (2023), OMS, Ligue contre le cancer, Fédération Hospitalière de France.

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