Agir dès l’école : engager les jeunes de Saône-et-Loire dans la prévention des cancers

8 décembre 2025

Pourquoi aborder la prévention des cancers dès le plus jeune âge ?

En France, chaque année, près de 382 000 nouveaux cas de cancers sont diagnostiqués (Santé Publique France, 2023). Si la majorité surviennent à l’âge adulte, il est désormais établi qu’adopter dès l’adolescence certains réflexes de prévention peut significativement diminuer le risque de développer un cancer plus tard dans la vie.

L’environnement scolaire offre un contexte privilégié pour transmettre ces messages. En Saône-et-Loire, où près de 40 000 élèves sont scolarisés du collège au lycée (source : Rectorat de Dijon, chiffres 2022), chaque action peut avoir un effet démultiplicateur sur les familles et, plus largement, la société.

Les cancers à prévenir dès l’adolescence : quels enjeux ?

Certains facteurs de risque pris tôt dans la vie ont un impact majeur sur le risque futur de survenue d’un cancer. Fumer, consommer de l’alcool, avoir une alimentation déséquilibrée, ne pas pratiquer d’activité physique ou encore l’exposition excessive aux UV (soleil, cabines de bronzage) sont autant de comportements dont l’adoption précoce augmente la probabilité de cancers du poumon, du sein, du côlon, de la peau, etc.

  • Tabac : 1ère cause évitable de cancer, responsable de 68 000 décès par an en France (Institut National du Cancer, 2022).
  • Alcool : 2ème facteur évitable : 28 000 nouveaux cas de cancers imputables chaque année. Or, le début de consommation se fait en moyenne à 13 ans en Bourgogne-Franche-Comté (Observatoire Régional de Santé, 2021).
  • UV : Le mélanome, cancer de la peau, a vu son incidence tripler depuis les années 1980. 80 % des expositions dangereuses se produisent avant 18 ans (Ligue contre le Cancer, 2020).

Le rôle central de l’école et des équipes éducatives

L’Éducation nationale inscrit la prévention à son programme avec le parcours éducatif en santé depuis la maternelle. Mais pour être efficace, il s’agit d’aller au-delà des interventions ponctuelles et d’inscrire la prévention dans la durée, en intégrant l’ensemble de la communauté éducative.

  • Professeurs, infirmières scolaires et CPE peuvent relayer et adapter les messages selon les niveaux, organiser des temps de débat et répondre aux questions sans tabou.
  • Les intervenants extérieurs (associations, Ligue contre le Cancer, centres d’examen de santé) enrichissent les apports par des témoignages, mises en situation et ateliers interactifs.

Des actions concrètes et adaptées au public scolaire

1. Intégrer la prévention dans le programme scolaire

En SVT (Sciences de la Vie et de la Terre), en EPS mais aussi en EMC (Enseignement moral et civique) ou lors des séances d’éducation à la santé, il est possible d’introduire :

  • Des séances sur les facteurs de risque et les mécanismes de survenue des cancers
  • Des études de cas permettant d’aborder les conséquences du tabac ou de l’alcool
  • Un focus sur le rôle du dépistage organisé (par le biais d’exemples familiaux ou locaux)
  • L’analyse critique de publicités ou d’images médiatiques (lien entre cigarette/alcool et glamour, etc.)

2. Organiser des temps forts et événements de sensibilisation

De nombreux établissements de Saône-et-Loire profitent des campagnes nationales pour faire vivre la prévention : « Mois Sans Tabac », « Octobre Rose », « Mars Bleu ». Pendant ces périodes, on peut envisager :

  • Des expositions pédagogiques (affiches, quizz, témoignages vidéos)
  • Des interventions de professionnels de santé ou de personnes guéries
  • Des forums ou débats sur les questions de dépistage et d’accès aux soins
  • Des marches, défis sportifs ou challenges solidaires (ex : course pour soutenir la recherche)

3. Développer le pouvoir d’agir des jeunes par des projets collectifs

Permettre aux élèves d’être eux-mêmes acteurs renforce l’impact des messages. Voici quelques pistes expérimentées dans le département ou ailleurs :

  • Mener des enquêtes dans l’établissement sur les habitudes de vie (anonymisées et avec accompagnement d’adultes pour le recueil des données)
  • Créer des affiches, vidéos ou podcasts pour leurs pairs, à diffuser dans l’établissement ou sur les réseaux sociaux internes
  • Lancer en classe des groupes « ambassadeurs santé » chargés de relayer l’information et de capter les questions sensibles
  • Organiser une rencontre intergénérationnelle avec des associations de patients

4. Prendre en compte la diversité et les spécificités locales

En Saône-et-Loire, la ruralité ou l’éloignement des structures de soins rendent parfois l’accès à l’information plus difficile. Quelques bonnes pratiques :

  • Proposer des supports adaptés : vidéos sous-titrées, exemplaires papier pour les familles déconnectées du numérique
  • Inviter les familles lors de certaines séances ou événements, pour créer du lien entre école et domicile
  • Mettre en avant des initiatives locales : actions menées à Montceau-les-Mines, Autun ou Chalon-sur-Saône, témoignages de soignants du département
  • Adapter le contenu à l’âge et au niveau scolaire : vocabulaire simple et mise en situation concrète pour les plus jeunes

Selon une enquête menée en 2022 par l’Agence Régionale de Santé Bourgogne-Franche-Comté, les élèves de zones rurales rapportent davantage de difficultés à parler des cancers ou du tabac en famille : le rôle de l’école n’en est que plus crucial.

Quelques obstacles courants et moyens d’y répondre

Obstacle Solutions proposées
Mésinformation ou idées reçues sur le cancer (« ça n’arrive qu’aux adultes », « le dépistage, ce n’est pas pour moi ») Utiliser des supports factuels, inviter un intervenant santé ; ateliers interactifs pour poser des questions anonymement
Tabou ou malaise à aborder ces sujets à l’école Former les équipes éducatives à la parole sur la maladie ; impliquer aussi les familles, créer un climat de confiance
Manque de temps dans l’année scolaire Proposer de courtes séquences régulières (10-20 min) ; intégrer la prévention dans les projets interdisciplinaires existants
Sentiment d’impuissance des jeunes Valoriser les "petites actions" du quotidien (éviter le tabac, protéger sa peau, manger sain) et renforcer l’estime de soi par des réussites collectives

L’importance de la collaboration avec les acteurs locaux

Les établissements ne sont pas seuls : en Saône-et-Loire, de nombreux partenaires sont à disposition pour accompagner les projets prévention :

  • La Ligue contre le Cancer 71, qui propose interventions, supports pédagogiques, formations et concours ludiques.
  • La Mutualité Française Bourgogne-Franche-Comté, actif notamment sur la prévention par le sport et l’alimentation saine.
  • Les maisons de santé locales, les centres hospitaliers (comme ceux de Chalon-sur-Saône, Le Creusot ou Mâcon) peuvent envoyer des intervenants.
  • Les services jeunesse des communes, qui relayent souvent les campagnes dans l’espace public ou en péri­scolaire.

En 2022, le programme « Parcours éducatif de santé » a touché plus de 2500 élèves de Saône-et-Loire via des ateliers animés par des professionnels de santé partenaires (source : ARS Bourgogne-Franche-Comté).

Ressources et idées pour aller plus loin

  • Télécharger le guide « Cancers et prévention : kit pour les établissements scolaires » (Institut National du Cancer : www.e-cancer.fr)
  • S’inspirer des outils de la Ligue contre le cancer « École et Santé » (www.ligue-cancer.net)
  • Consulter les modules numériques du site Oncopédia (www.oncopedia.fr/jeunes), conçus pour les jeunes
  • Participer aux formations pour éducateurs et personnels scolaires proposées chaque année dans le département par le Centre Régional de Coordination des Dépistages des Cancers Bourgogne-Franche-Comté (www.depistagecancer-bfc.fr)

Perspectives et enjeux futurs en Saône-et-Loire

Favoriser le dialogue, transmettre des compétences de vie et multiplier les supports adaptés, voilà le trio gagnant pour progresser, pas à pas, vers une génération mieux informée et donc, mieux armée face au cancer. Plus les messages sont répétés, variés, et co-construits avec les jeunes, plus ils laissent une empreinte. Impliquer activement l’ensemble de la communauté éducative, encourager les parents à s’informer, et s’appuyer sur les ressources du territoire permettront à chaque élève de devenir, à son tour, un acteur de prévention en Saône-et-Loire.

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