Polluants, environnement et risques de cancer du sein et colorectal : quels enjeux en Saône-et-Loire ?

9 août 2025

Le poids de l’environnement dans la prévention des cancers

Les cancers du sein et colorectal figurent parmi les pathologies les plus répandues en France. En 2023, on estimait à plus de 60 000 le nombre de nouveaux cas de cancer du sein et à plus de 43 000 ceux du cancer colorectal chez l’adulte (Santé publique France). Les avancées de la médecine ont permis d’identifier un ensemble de facteurs de risque bien connus : génétiques, liés au mode de vie (alimentation, tabac, activité physique), mais aussi, de plus en plus, liés à l’environnement. L’environnement inclut tout ce qui nous entoure : l’air, l’eau, le sol, l’alimentation et les objets du quotidien. Certaines substances présentes – d’origine naturelle ou industrielle – peuvent avoir un effet nocif sur notre santé à long terme, parfois en interaction avec d’autres facteurs.

De quoi parle-t-on ? Les principaux polluants en question

Parmi les centaines de substances considérées comme des polluants environnementaux, quelques grandes familles se distinguent concernant leur lien potentiel avec les cancers du sein et colorectal :

  • Pesticides (utilisation agricole et domestique, résidus alimentaires, contamination de l’eau et des sols)
  • Hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) (émissions industrielles, chauffage au bois, fumées de moteurs, alimentation grillée ou fumée)
  • Polluants atmosphériques (particules fines, dioxyde d’azote, ozone, métaux lourds comme le cadmium, le plomb…)
  • Composés chimiques industriels (bisphénol A, phtalates présents dans les plastiques, PCB, dioxines, etc.)
  • Facteurs présents dans l’eau (nitrates, résidus médicaux, métaux…)

La question centrale est celle de l’exposition, c’est-à-dire la combinaison de la quantité, la durée et la fréquence de contact avec ces substances, par ingestion, inhalation ou contact cutané.

Polluants et cancers : que disent les recherches ?

L’impact des polluants sur la santé humaine fait l’objet de très nombreuses recherches, parfois complexes, tant les facteurs en jeu sont nombreux et imbriqués. Depuis une dizaine d’années, la littérature scientifique s’est enrichie de travaux importants sur le lien entre pollution environnementale et survenue de cancers.

Pesticides et cancer du sein

  • L’exposition à certains pesticides (notamment des perturbateurs endocriniens comme les organochlorés, le DDT ou les PCB) a été associée à un risque augmenté de cancer du sein, en particulier chez les femmes exposées précocement ou sur le long terme (Inserm, 2021).
  • Une étude française menée en 2018 dans la région Nouvelle-Aquitaine, zone de forte activité viticole, a montré une corrélation entre exposition professionnelle aux pesticides et incidence du cancer du sein (source : Santé Publique France).
  • Les voies de contamination principales sont l’alimentation, l’eau, l’air ambiant (surtout à proximité des zones agricoles ou dans l’habitat rural) et l’exposition professionnelle ou domestique.

Polluants de l’air et cancer colorectal

  • L’exposition prolongée aux particules fines (PM2,5), reconnue surtout dans les pathologies respiratoires, a été aussi associée à une augmentation du risque de cancers colorectaux dans plusieurs méta-analyses récentes (OMS, Cancer Epidemiology Biomarkers & Prevention, 2021).
  • Un lien a été mis en évidence entre certains métaux lourds (comme le cadmium ou le chrome) – présents dans les émissions industrielles et pollutions routières – et le développement de lésions précancéreuses au niveau du colon (source : Institut National du Cancer).

Produits chimiques industriels et perturbateurs endocriniens

  • Bisphénol A (BPA) et certains phtalates, qui entrent dans la fabrication de nombreux plastiques et emballages alimentaires, sont classés parmi les substances préoccupantes. Le BPA, interdit dans les biberons depuis 2011 en France, reste parfois présent dans les contenants de conservation alimentaire. Il existe aujourd’hui des soupçons forts sur leur implication dans le développement de certains cancers hormonodépendants, dont celui du sein (Cancer Environment, 2023).
  • Les dioxines et PCB – persistants dans l’environnement et parfois disséminés via des accidents industriels ou l’incinération de déchets – sont reconnus comme cancérogènes certains par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC).

Spécificités de la Saône-et-Loire : état des lieux local

La Saône-et-Loire, département à forte tradition agricole, viticole et industrielle, présente certaines spécificités exposant potentiellement ses habitants à des polluants particuliers.

  • Agriculture : Saône-et-Loire compte plus de 6 500 exploitations agricoles en 2022, occupant 66% du territoire départemental (source : Chambres d’Agriculture). Les cultures céréalières et viticoles, fortement consommatrices de produits phytosanitaires, peuvent entraîner une diffusion accrue de résidus dans l’air, le sol, l’eau et les aliments locaux.
  • Zones industrielles : Les villes de Chalon-sur-Saône, Mâcon ou Le Creusot abritent plusieurs zones d’activités industrielles, anciennes et actuelles, qui ont longtemps utilisé ou émis des métaux lourds, des solvants et des résidus chimiques.
  • Qualité de l’air : Le rapport 2022 d’Atmo Bourgogne-Franche-Comté recense des épisodes de pollution (particules fines, ozone) surtout en milieu urbain ou en période hivernale, avec des pics parfois supérieurs aux seuils recommandés par l’OMS.
  • Alimentation locale : Une majorité de consommateurs fait le choix de productions régionales (fruits, légumes, viandes, vins), qui garantissent souvent une traçabilité, mais peuvent aussi, selon les pratiques agricoles, contenir certains résidus.

Si aucune donnée ne permet aujourd'hui d’établir une augmentation « locale » du risque cancer directement liée aux polluants de Saône-et-Loire, la prudence reste de mise. L’INVS (Santé publique France) souligne toutefois une sur-incidence stable du cancer du sein dans le département, dans la moyenne nationale, et une tendance modérée à la hausse pour le cancer colorectal chez les plus de 60 ans.

Pepites chiffrées et études marquantes

  • Selon une étude du CIRC (2019), jusqu’à 10% des cancers en Europe pourraient être attribués à des facteurs environnementaux évitables, dont les substances chimiques, polluants de l’air, eau et alimentation.
  • En France, on estime que près de 67% de l’exposition humaine aux pesticides passe par l’alimentation (ANSES, 2022).
  • En Saône-et-Loire, la surveillance du réseau français de phytosanitaires dans l’eau potable indique la présence détectable de résidus de pesticides dans 8% des prélèvements, dont certains dépassant ponctuellement le seuil réglementaire (ARS Bourgogne-Franche-Comté, 2020).
  • Le taux d’incidence standardisé du cancer du sein en Saône-et-Loire est de 110/100 000 femmes (données 2020, Santé publique France). Sur le cancer colorectal, l’incidence est proche de 40/100 000 (hommes et femmes confondus), soit une des moyennes les plus élevées de Bourgogne-Franche-Comté.

Faut-il être inquiet ? Comment agir au quotidien ?

L’exposition à certains polluants représente un réel enjeu de santé. Cependant, il n’est ni possible ni souhaitable de tomber dans l’alarmisme : le risque individuel dépend de l’exposition cumulée, d’autres facteurs de mode de vie, et de facteurs génétiques.

  • Le cancer est multifactoriel : L’environnement influe, mais n’est jamais le seul paramètre en jeu.
  • Le risque individuel reste limité dans la plupart des situations courantes. C’est l’effet cumulatif ou l’exposition répétée qui pose problème.
  • Les politiques publiques évoluent : L’usage de certains pesticides est de plus en plus restreint ; les normes d’émissions sont renforcées ; l’alimentation bio et locale progresse.

Conseils pratiques pour limiter son exposition

  • Privilégier une alimentation variée, locale et de préférence issue de l’agriculture bio ou raisonnée
  • Laver et éplucher ses fruits et légumes, même issus de circuits courts
  • Aérer quotidiennement son logement, surtout en ville ou près des axes routiers
  • Limiter l’utilisation de plastiques alimentaires pour chauffer ou conserver (notamment éviter les micro-ondes avec du plastique)
  • Éviter les grillades excessives et la cuisson à très haute température des aliments (apparition de HAP)
  • Veiller à l’entretien des systèmes de chauffage (pour limiter les émissions de particules fines, cheminée et poêle à bois notamment)
  • Pour les personnes vivant ou travaillant en milieu agricole ou industriel, utiliser les équipements de protection et respecter les consignes de sécurité
  • S’informer sur la qualité de l’eau du robinet et utiliser, si nécessaire, des filtres à charbon actif

Avancées et pistes d’action collectives

La surveillance de l’environnement et la réduction des risques nécessitent l’implication de tous : collectivités, agriculteurs, industriels, associations de consommateurs et citoyens.

  • De nombreuses communes participent au plan zéro phyto : l’entretien sans pesticides des espaces publics se généralise en Saône-et-Loire.
  • Charte Terres Saône-et-Loire : des producteurs s’engagent à limiter les intrants chimiques.
  • Renforcement des dispositifs de prévention : campagnes d’information, actions en milieu scolaire, participation active des hôpitaux et maisons de santé.
  • Réseau de capteurs Atmo : permet d’informer les populations sur la qualité de l’air au jour le jour.
  • Implication des médecins généralistes : ils jouent un rôle clé en prévention en informant sur les liens entre environnement et santé.

Dans ce contexte, il est essentiel de continuer à s’informer, à questionner les pratiques et à promouvoir ensemble une prévention intégrée. Les avancées médicales et environnementales, conjuguées à une vigilance partagée, permettent de réduire concrètement l’exposition aux polluants et peut-être de prévenir de nouveaux cas de cancers sur notre territoire.

Pour aller plus loin : ressources à consulter

S’informer, c’est déjà agir. Chacun, à son niveau, a un rôle à jouer pour limiter l’exposition aux polluants, favoriser le dépistage et se mobiliser pour la santé de tous en Saône-et-Loire.

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