Cancer du sein et colorectal : l’activité physique modérée peut-elle vraiment faire la différence ?

10 octobre 2025

Pourquoi s’intéresser au lien entre activité physique et cancers en Saône-et-Loire ?

En Saône-et-Loire, chaque année, environ 350 nouveaux cas de cancer colorectal et près de 200 nouveaux cas de cancer du sein sont diagnostiqués selon Santé Publique France. Or, au-delà de la génétique et des expositions environnementales, nos modes de vie – et notamment l’activité physique – jouent un rôle-clé dans la prévention.

La prévalence de la sédentarité est préoccupante : seulement 60 % des adultes en Saône-et-Loire déclarent pratiquer une activité physique régulière (source : Baromètre de Santé publique France, 2023), un chiffre inférieur à la moyenne nationale. Dans ce contexte, la question se pose : une activité physique modérée, accessible à la majorité, est-elle suffisante pour agir concrètement sur le risque de cancer du sein et colorectal ?

L’état des connaissances scientifiques : ce qu’on sait du lien activité physique et cancers

Plus de quarante ans de recherches épidémiologiques convergent vers une vérité partagée : l’activité physique, même modérée, est un facteur protecteur face à plusieurs types de cancers, notamment du sein et du côlon.

  • Cancer colorectal : L’Agence internationale de recherche sur le cancer (CIRC) a identifié l’activité physique comme réduisant le risque de cancer colorectal de 20 à 25 % chez les personnes actives versus les plus sédentaires (CIRC, 2018).
  • Cancer du sein : Chez les femmes, pratiquer au moins 30 minutes d’activité physique modérée par jour diminuerait le risque de cancer du sein de 10 à 20 % après la ménopause (HAS, 2019).

Ces données sont issues de grands travaux tels que l’étude EPIC (European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition) qui suit plus de 500 000 personnes en Europe.

Qu’entend-on réellement par « activité physique modérée » ?

Le terme peut sembler flou. Dans la littérature scientifique, une activité modérée correspond à un effort physique qui accélère légèrement le rythme cardiaque et la respiration mais permet de tenir une conversation. Quelques exemples concrets :

  • Marche rapide (≥ 4 km/h)
  • Jardinage actif (désherber, bêcher…)
  • Balades à vélo à allure modérée
  • Faire ses courses à pied avec des sacs

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande au minimum 150 minutes par semaine (OMS, 2020), soit environ 30 minutes 5 fois par semaine.

Niveaux de preuve : quelle quantité d’exercice pour des bénéfices tangibles ?

Les effets protecteurs sont observés dès l’atteinte de ces recommandations minimales, mais ils sont proportionnels à l’intensité et à la durée de l’activité physique.

Volume d'activité par semaine Réduction du risque de cancer colorectal Réduction du risque de cancer du sein
150 minutes (modérée) 15-20 % 10-15 %
300 minutes (modérée) 25 % et plus 18-20 %

Un niveau encore supérieur (activité physique vive ou sportive, ≥ 300 minutes) offre des bénéfices accrus, surtout pour le cancer colorectal (National Cancer Institute).

Focus sur la Saône-et-Loire : les freins et ressources pour bouger au quotidien

En zone rurale comme urbaine, l’accès aux infrastructures peut varier. D’après l’Observatoire régional de la santé Bourgogne-Franche-Comté, près de 25 % des adultes en Saône-et-Loire n’atteignent jamais le seuil des 150 minutes hebdomadaires.

Plusieurs freins sont fréquemment évoqués :

  • Manque de temps à cause de la vie professionnelle ou familiale
  • Difficulté d’accès à des structures sportives en campagne
  • Peurs liées à l’âge, à la maladie, ou au manque d’habitude

Pourtant, le département ne manque pas de ressources originales :

  • Plus de 3000 km de sentiers balisés pour la marche ou le vélo (source : Comité départemental de la randonnée pédestre de Saône-et-Loire)
  • Réseau de maisons sport-santé (6 points en 2024), accompagnant notamment les personnes atteintes de maladies chroniques
  • Initiatives communales "Marche active", mobilisation des clubs « sport sur ordonnance »

Comment l’activité physique agit-elle sur les mécanismes du cancer ?

L’effet protecteur n’est pas un « miracle » : il s’explique par des mécanismes biologiques démontrés :

  • Surpoids et inflammation : L’activité physique réduit le tissu adipeux, freinant la production de certaines hormones qui stimulent la croissance cellulaire (œstrogènes, insuline), notamment impliquées dans le cancer du sein.
  • Transit intestinal : Chez les personnes actives, le transit est plus rapide, diminuant l’exposition des cellules du côlon aux substances cancérogènes.
  • Système immunitaire : L’exercice modéré stimule les défenses naturelles et la réparation cellulaire.

Y a-t-il un « seuil » minimal ? Peut-on compenser un mode de vie sédentaire par une activité physique modérée ?

Les études scientifiques distinguent deux concepts :

  • Le cumul d’activité physique : Faire plusieurs « petites sessions » quotidiennes (marcher 10 minutes 3 fois par jour) est aussi bénéfique que faire 1 heure d’un coup.
  • Une dose minimale critique : En dessous de 60 minutes d’activité modérée par semaine, l’effet sur le risque de cancer paraît faible.

Impossible donc de « compenser » une forte sédentarité (par exemple, 9 heures assis par jour) en ne bougeant que le week-end : le mouvement doit être intégré au quotidien.

À qui s’adresse la prévention par l’activité physique ? Zoom sur les populations clés

Toutes les tranches d’âge bénéficient des effets protecteurs, mais certains publics sont prioritaires :

  1. Les femmes après la ménopause : La réduction du risque de cancer du sein liée à l’activité physique est particulièrement marquée après 50 ans.
  2. Les personnes avec antécédents familiaux de cancer colorectal : Leur risque de base étant plus élevé, le bénéfice relatif de l’exercice peut être encore plus intéressant.
  3. Personnes atteintes de surpoids ou d’obésité : Pour elles, même une augmentation modérée de l’activité physique réduit sensiblement leur « facteur de risque ».

Que mettre concrètement en place en Saône-et-Loire ?

Les recommandations nationales s’adaptent à notre quotidien, même sans adhésion à un club sportif. Conseils pratiques adaptés à la vie locale :

  • Privilégier les déplacements actifs : Aller au marché à pied, rendre visite à un proche à vélo ou choisir les escaliers plutôt que l’ascenseur.
  • Utiliser le patrimoine naturel : Marcher le long des canaux, explorer les circuits balisés de la Voie Verte ou organiser des balades en groupe.
  • Rejoindre une maison sport-santé pour bénéficier d’accompagnement adapté (même après un cancer : l’activité physique est recommandée dès la phase post-traitement, voir INCa).
  • Participer à des défis locaux : Certaines villes comme Chalon-sur-Saône ou Montceau-les-Mines organisent des challenges « Bouger plus » en entreprise ou en famille.

Pour ceux ayant des contre-indications médicales : toujours demander un avis à leur médecin traitant.

Clichés, limites et points de vigilance

Tout n’est pas rose : il reste important de démêler certains mythes :

  • « Faire du ménage ou des courses, c’est suffisant » : Ces activités comptent, mais elles apportent rarement 150 minutes d’activité modérée réelle par semaine.
  • L’activité physique n’exclut pas d’autres mesures préventives : Elle complète, mais ne remplace pas le dépistage organisé (mammographie, test colorectal) et une alimentation équilibrée.
  • L’âge n’est pas une barrière : Même débutée à 60 ou 70 ans, une activité régulière et adaptée apporte des bénéfices mesurables en quelques mois.

Vers une prévention intégrée en Saône-et-Loire : et si on se lançait petit à petit ?

L’activité physique modérée fait réellement la différence : avec au moins 30 minutes quotidiennes, chacun peut diminuer ses risques de cancer du sein et colorectal tout en améliorant son bien-être général. Les bénéfices s’amplifient avec la régularité et l’intensité, mais chaque pas compte, surtout dans une région rurale ou semi-urbaine comme la nôtre où le potentiel d’intégrer le mouvement dans son quotidien est élevé.

Retrouver du plaisir à bouger, s’inscrire dans une dynamique collective, renouer avec son corps et sa santé : c’est souvent dans la simplicité que se trouvent les meilleures garanties pour demain. Rappel : aucun geste de prévention ne remplace le dépistage organisé par la mammographie et le test immunologique fécal. L’idéal, c’est de conjuguer tous les leviers de santé à son rythme, entouré et informé.

Sources : Santé publique France, CIRC, Institut National du Cancer, OMS, National Cancer Institute, Baromètre régional de la santé.

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